vendredi, novembre 18, 2005

Amantes

A la mort de mon ami j’ai d’abord eu une vie sexuelle hystérique. Je pleure toute la journée et je pars chercher du cul toute la nuit. Je drague même dans les cinéma porno hétéro (expérience assez intéressante même si je n’y suis jamais retourné depuis.)

C’était l’été et j’étais complètement à la dérive. Au sauna, dans les dunes ou dans les parcs il y avait tout le temps quelqu’un pour moi. Je couchais même avec des gens que je connaissais plus ou moins et avec qui jamais j’aurais crus le faire.
J’ai l’impression que le statut de veuf me conférait un pouvoir érotique hallucinant.

C’est au milieu de cette orgie, par le biais du forum de mon fournisseur Internet que j’ai croisé Sangokugt.

Ce gars (mèche bleu, pantalon baggy et planche de skate) c’est accroché à moi rapidement. Quand je regardais au fond de ses yeux j’y voyais un brasier et j’avais l’impression d’être l’homme qu’il attendait depuis ses 13 ans.

Après la mort, après l’agonie et les longs mois de vas et viens entre la maison et l’hôpital j’étais flatté qu’un garçon si joli, si vivant soit à mes pieds….
J’ai eu peur aussi, alors j’ai tout fait pour lui faire mal.


Sangokugt était un garçon étrange.
Plus je lui faisais mal plus il s’accrochait. Il m’a toujours certifié que, malgré ses vingt sept ans de l’époque, j’étais son premier mec.
Il avait eu une expérience assez traumatisante avec un garçon de l’internat de ses quinze ans mort pendant l’année scolaire.
J’ai longtemps essayé de croire que j’étais le premier mais son aisance et sa décontraction au lit m’ont toujours fait douté.


La beauté et l’énergie adolescente de ce gars m’ont, sans aucun doute, sauvé.
Il vivait dans un monde de jeux vidéo, de dessins animés et, la réalité, si jamais elle lui bloquait le chemin, le poussait à se scarifier.


J’ai tout fais pour le dégouter de moi mais malgré son passé, malgré ses problèmes psys il était quand même la vie alors que j’étais une tempête de douleurs.
Je lui ais balancé des vacheries à la gueule et je l’ai considéré comme un petit cul à bouffer de temps à autres ( la souffrance et la mort rendent l’homme vulgaire et méchant contrairement a ce qu’imaginent les romantiques).
Je crois que je suis aussi devenu un peu « méchant » au lit.

Un jour je lui ai dit que c’était fini et il est parti sans rien dire.

Je me suis senti détesté donc heureux. Je me suis aussi retrouvé complètement seul avec un deuil à commencer. Mon demi-frère est mort juste pour l’automne et je me suis senti vraiment paumé.

La vie était tellement douloureuse, Sangokugt tellement beau que j’ai voulu le revoir mais lui avait déjà tourné la page. Je me suis roulé à ses pieds pendant des mois mais ça n’a servit à rien.

Un jour d’hivers il a fait une tentative de suicide et s’est retrouvé de longues semaines en psychiatrie à l’hôpital de Sète.

Dans ma petite tête j’ai tout confondu : j’avais laissé mon amoureux tout froid dans un lit d’hôpital et j’avais la possibilité de me racheter en aidant un autre homme dans un autre hôpital à s’en sortir. Le nouveau mec de Sangokugt étant jeune et assez effacé je n’ai donc pas eu de mal à le faire sortir du jeu. Il n’y avait plus rien de sexuel entre Sangokugt et moi mais je l’ai protégé comme une mère protége son enfant.
Ce garçon, après sa sortie de l’hôpital, m’a longtemps hanté. Deux ans après notre rencontre il a voulut « continuer ce qu’on avait commencé » mais j’ai mal compris les règles ou alors j’ai eu peur….bref ça ne sait pas (re)fait.


Il habite maintenant à Lyon et travail dans le quartier de Gare de Vaise (ou j’ai une rare image de bonheur avec mon père et mon frère quand j’étais pitchoune).
Je ne le reconnais plus, il a opté pour un look « teuffeur version pouf» et nous n’avons plus rien à nous dire, plus aucune complicité. Je l’ai croisé il y a un an et demi, j’ai cherché la candeur et la beauté que j’avais tant aimée mais je n’ai plus rien trouvé.

Je n’ai pas la télévision mais, pendant des vacances de fin d’année, je suis allé chez une amie pour donner à manger au chat et j’ai branché le poste. Alors que j’étais à l’autre bout de l’appartement j’ai entendu une voix qui m’était intime : C’était lui face à Jean PierreFoucault dans un jeu télé.


J’ai aussi rencontré Fan par internet.

J’avais envi d’un coup rapide et nous nous sommes donné rendez-vous le soir même sur les marches du palais des congrès.
Je me trouvais nul et inconscient de me rendre à un rencard nocturne et, quand je l’ai vu, tout mince et tout peureux assis dans l’ombre avec sa chemise blanche, je me suis dit « c’est lui qui est inconscient d’attendre patiemment le loup ».

Je n’ai aucun souvenir de notre échange sur les marches du Palais des Congrès. Je me souviens seulement d’avoir jetés de nombreux coup d’oeil vers le parc sur le coté qui est connu pour être un lieu coupe george.

Chez lui nous nous asseyons sur son lit et nous écoutons de la musique. J’ai l’impression d’être un adolescent. Je n’arrive pas à savoir si il est extrêmement timide ou si il a simplement beaucoup fumé. Moi qui n’ai pas l’habitude de faire le premier pas je me fais violence pour enfin l’embrasser.
Je n’avais jamais embrassé un garçon à la bouche si douce. Je l’ai déshabillé et allongé sur le lit : Une peau blanche et aussi douce que sa bouche. C’est l’homme fragile, une sorte de porcelaine chaude. Il est grand et maigre comme mon amant mort.


Quand je l’ai rencontré j’étais toujours en grande souffrance et je n’ai aucune idée de combien de temps à durer notre petite histoire. C’étais sûrement deux ou trois semaines à cheval entre les mois de septembre et octobre.
Fan était sommelier et son accent des montagnes de l’est me faisait rire. Cet homme était une crème et je ne sais pas pourquoi je suis parti. Je me souviens de lui avoir dit que j’en avais marre de lui sur la voie rapide entre la mer et la ville. Il s’est décomposé dans la voiture et j’avais du mal a décrocher de son visage renversé et de ses yeux qui gonflaient. J’étais surpris de sa réaction, je ne savais pas qu’il était aussi attaché.


J’ai recroisé Fan dans un bar il y a quelques années et nous nous sommes embrassé. Sa bouche avait la même douceur.
Aujourd’hui quand je tombe sur lui je le trouve terriblement changé. Il y a cinq ans…. C’est terriblement loin l’an 2000.


Entre le moi de juillet et le moi d’octobre 2000 j’ai perdu mon amoureux et j’ai rencontré deux mecs plus qu'extraordinaire que j'ai gachés.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Je viens de découvrir ton blog par hasard. Je le trouve très touchant. Tu racontes les choses avec beaucoup de simplicité et d'honnêteté. Respect.